Une révolution de quartier, comme dit Manu Chao. A Barcelone, en 2002, les musiciens de rue s’organisaient tant bien que mal face aux nouvelles mesures répressives de la municipalité. En soutien, un projet est né, la Colifata : une compilation alternative regroupant plusieurs groupes de musique des rues barcelonaises.
Barcelone, ville bohème et métisse... Pour beaucoup de monde en Europe, et peut-être encore davantage au sein de la jeunesse, la cité catalane représente une sorte d’eldorado culturel et artistique, vibrant au son des rythmes du monde entier, du Maghreb, de l’Amérique Latine... Alors que toute une scène musicale est déjà reconnue (Macaco, Wagner Pa...), c’est aussi grâce à l’animation de ses rues, à son esprit de fête et de convivialité que la ville attire. Et pourtant, c’est bien cette forme de musique live et spontanée qui est remise en cause.
Fauteurs de trouble
En 2002, la municipalité a annoncé de nouvelles mesures visant à limiter les lieux où les musiciens peuvent jouer et entraînant une forte répression contre les musiciens sans-papiers. Paradoxe d’une ville en passe de devenir capitale culturelle de l’Europe en accueillant le Forum Culturel de 2004, affichant pour cela une image d’ouverture et de métissage, mais s’assurant le contrôle de ce qu’elle voudra bien montrer. Résultat de cette politique, de nombreux musiciens ont à subir les interventions de la police, sont menacés de reconduite à la frontière et se voient même confisquer leurs instruments.
Comme principal argument, la police avance que ce ne sont pas les musiciens en eux-mêmes qui représentent un danger, mais ceux qui se regroupent autour d’eux, fauteurs de trouble ou dealers... ce qui n’est peut-être pas le cas dans les clubs huppés de la ville ? et pourquoi s’en prendre aux musiciens et non aux dealers ? deux poids, deux mesures, donc. Surtout, c’est nier la part de fête et d’espoir qui animent tous ceux qui viennent chercher un peu de musique dans les parcs et sur les places de Barcelone, ce que l’on a déjà presque oublié à Paris...
Autogestion
La Colifata (" siempre fui loco ", d’après le nom d’une radio alternative argentine à laquelle les musiciens ont voulu rendre hommage) regroupe ainsi une vingtaine de groupes de la scène barcelonaise indépendante : Costo Rico, Che Sudaka, Sativa Reggae... Le projet est parrainé par Manu Chao, toujours attentif aux vibrations et à la réalité de la rue. La réalisation de la compile a permis à la plupart des musiciens d’enregistrer dans un studio pour la première fois.
Autogestion totale : le disque est distribué et vendu uniquement par les musiciens. L’argent obtenu revient donc directement aux musiciens, leur permettant d’améliorer un peu leur situation au quotidien et d’envisager de nouveaux projets pour le collectif. En plus de la compile, une tournée a été organisée en Catalogne, permettant de faire connaître leur travail à un plus large public. Et de faire vivre, à Barcelone et ailleurs, une forme de liberté musicale, de poésie urbaine.