sueño



 

Un grésillement cybernétique fait crépiter la machinerie de mes MP3, les teintant par la même occasion du soupçon d’aura qu’il manquait à ces matériaux froidement numérisés. Comme un craquement sur ce bon vieux vinyle de Paco Ibanez à l’Olympia. Comme cette K7 chancelante de Radiohead, oubliée sur mon walkman au fond du coffre de la voiture garée en plein soleil, à Sienne. Ou encore, cet enregistrement pirate d’ « Unfinished Sympathy » de Massive Attack, repiqué en posant un microphone sur mon radio réveil, quand j’avais à peine dix ans. La magie opère. Le son n’est plus celui, originel, du studio. Médiatisé par une technologie vacillante, il devient propice à mille surprises.  

 

Sur mon ordinateur portable, la compression en 64 bits fait que les morceaux sautent toutes les 2 mn 40 s. Comme une K7 dérapant dans l’autoradio au passage de la voiture sur une voix ferrée. 3 secondes en moins sur le « Justice Tonight » des Clashs. Mieux encore sur un site d’écoute à 10 heures pile. Une micro seconde d’arrêt suspend l’envol de chaque morceau toutes les minutes. Lancés trop rapidement, les morceaux sont joués simultanément.  Un crépitement à l’écoute de Public Image Ltd. Le dub des origines. Ma connexion Internet bat comme le tic tac d’une horloge. Tic,tac.







Parmi les sept Césars attribués vendredi à Séraphine, je retiendrai le prix remis au compositeur Michael Galasso pour la meilleure musique écrite pour un film. Qu’elle ne fut pas ma surprise de voir récompenser cet artiste qui enchanta deux des films de Wong Kar-Wai. In the mood for love bien sûr, où la mélancolie d’une valse chinoise venait rompre la désinvolture latine du « Quizas Quizas » susurré par Nat King Cole. Mais surtout Chungking Express, où les thèmes musicaux collaient à la perfection avec les personnages, de l’obsédant  reggae lover-style « Things in Life » de Dennis Brown jusqu’au mythique « California Dream » des Mama’s and Papa’s. Rien que pour la BO, Chungking Express restera l’un de mes films préférés !


Le son est loin d'être parfait et la rythmique n'est pas tout à fait en place... mais l'esprit y est! Un instant magique. Après une après-midi passée à m'échiner sur ma guitare pour enregistrer "Saudade" et "Mon frère", voilà qu'un morceau me vient. Insidieusement. Dans ma tête. Une rythmique entêtante. Et même des paroles que je finis par reconnaître. "Mais ne serait-ce pas Paris-Printemps?" Ou plutôt une toute autre version, plus punshy, plus groove, sur laquelle j'entends disctinctement la batterie, bien sacadée, l'orgue psychédélique, et la guitare funky.

Je prends alors ma guitare, essaye de plaquer les accords. Je n'ai pas tout à fait le style de jeu que j'aimerais, mais le chant vient, différent, naturel, mélodique et incantatoire. Il faut à tout prix que j'immortalise ce bref moment d'inspiration avant qu'il ne file sous mes doigts. Je le rattrape sur mon multipiste. J'oublie un instant les voisins, qui malheureusement se rappellent à mon bon souvenir. Je n'irai donc pas plus loin pour aujourd'hui. Oui, il y a encore du boulot. Mais j'adore déjà cette chanson!!!

En écoute sur le myspace de Luzita



Enregistrer les sons de la ligne 8 du métro parisien pour en faire de la musique, voilà une dizaine d’années que j’y pensais. J’en parlais déjà au lycée, lors de nos retours entre amis sur la fameuse « ligne dodo-maison ». Et voilà mon rêve enfin exaucé grâce à un groupe de… Lille ! Merci donc au Fils de Sammy d’avoir immortalisé avec brio le terminus de Créteil-Préfecture. Ah, ces crissements mélodiques au fond du silence nocturne…

En écoute ici
























La neige tombe sur la ville. Et l’hiver n’en finit plus en ce début d’année. Je regarde par la fenêtre. Et soudainement, je remercie Gustave Stoskopf. Pourquoi, me direz-vous ? Pour les touches de couleurs que cet architecte osa déposer jadis dans le jardin de ma cité secrète. Oh, sans grande audace tant ma ville dans son ensemble était habituée à ces accoutrements étranges. Des choux, des épis de maïs, des livres à ciel ouvert… Les architectes de ma ville moderne avaient souhaité une meilleure symbiose entre les constructions et l’environnement, végétal ou aquatique, quitte à recréer de la nature en implantant même –ô hybris !- un lac là où il n’y avait que des terres marécageuses !

Diplômé de l’Ecole régionale d’architecture de Strasbourg et de l’Ecole nationale supérieure des Beaux Arts, Gustave Stoskopf imagina une cité toute ronde, construite telle Babylone autour d’un jardin suspendu. Le dit jardin manqua plusieurs fois de s’effondrer, notamment la nuit où le parking sous-terrain, situé juste en dessous, prit feu, ce qui en ébranla fortement les fondations. Mais, comme le lac, le jardin suspendu résista : fluctuat, nec mergitur. Merci Saint Christophe, patron des voyageurs !

Au milieu de ce jardin de verdure urbaine, des arbres propices à mille cabanes d’enfants, des aires de jeu, des pistes infinies où faire du vélo, des passerelles et des dédales où jouer à cache-cache, un bassin arrosé de fontaines pour éclabousser les passants l’été et faire du patinage l’hiver. Mais aussi d’étranges cheminées multicolores sur lesquelles faire de l’escalade. Bref, le bonheur de tout bambin qui se respecte.

Dans le paysage aujourd’hui enneigé, au milieu duquel les immeubles monochromes disparaissent, seules ces cheminées subsistent, improbables colonnes de Buren ayant dédaigné le noir et blanc pour se draper d’une myriade de couleurs, trente ans plus tôt.

 

... Sonnuevo

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Radionueva

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