Publicité

palabres

Dimanche 18 février 2007

Automne 2004. Le sous-commandant Marcos et Paco Ignacio Taibo II décident d’écrire, à quatre mains, un roman policier évoquant l’histoire contemporaine du Mexique. Disparitions, meurtres et corruption : le détective Hector Belascoaran Shayne et son homologue zapatiste Elias Contrarios mènent l’enquête.

 

Un mort qui revient d’outre-tombe pour laisser des messages énigmatiques sur les répondeurs de ses anciens amis, voilà qui laisse sceptique le célèbre détective Belascoaran. Borgne et boiteux, le héros des précédents romans de Paco Taibo en a vu d’autres et n’est plus à une fantasmagorie près. Ce qui le déconcerte plus, c’est l’histoire de cet insaisissable Morales, auquel font allusion les messages téléphoniques.

 

Personnage légendaire ou bien réel, Morales est partout et nulle part à la fois. Il aurait pris part aux événements les plus dramatiques de l’histoire récente du Mexique, avant de disparaître, à chaque fois, dans la nature. Opportuniste et sans scrupule, il aurait été indic, assassin, tortionnaire, homme lige de l’extrême droite, instructeur de forces paramilitaires, avant de devenir un homme d’affaires véreux. Voilà qui fait beaucoup trop pour une seule vie. Y aurait-il plusieurs Morales ? L’affaire se complique lorsque, au Chiapas, le Sup Marcos reçoit un message de l’écrivain Manolo Vazquez Montalban, dénonçant à son tour un certain Morales. Et si ce dernier n’était qu’un simple personnage de fiction sorti de l’imagination de Montalban ?

 

Homme aux multiples facettes, navigant entre fiction et réalité, Morales est à l’image de ce roman à l’écriture très éclatée. L’œuvre porte les stigmates de sa parution première en feuilleton (à Mexico d’abord, dans le quotidien indépendant de gauche La Jornada, puis en août 2005 en France dans Libération). Si bien que les chapitres peuvent se lire comme autant de petites scènes, indépendantes les unes des autres. Dans la veine de Borgès, Marcos aime perdre le lecteur en faisant du texte un espace multiple et contradictoire. Il cultive aussi l’art de la digression. La narration peut dérouter par moment, mais malgré tout, c’est avec plaisir que l’on suit les pérégrinations d’Elias Contrarios depuis la Realidad jusqu’à Mexico, ses rencontres surréalistes avec des personnages hauts en couleur comme ce beatnik homosexuel baptisé Julio, qui se demande ce qu’il peut bien faire dans ce roman et qui en a marre des polars (où finalement le seul ignorant, c’est le lecteur) tout autant que des messages du Sup qui ne dévoilent jamais complètement la vérité.

 

NB : La totalité des droits est reversée à une ONG travaillant au Chiapas.

 

article écrit pour le webzine www.stopinfos.com

Par La sonora nueva
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 27 février 2007

 

 

Suivant le fil de ses œuvres passées, François Maspero publie Le vol de la mésange, roman où se croisent les récits de quatre de ses personnages, engagés dans les luttes révolutionnaires des années 1960. Des fragments épars, symbole d'une mémoire lourde de souvenirs. 

 

Comme les personnages de ses romans, François Maspero a eu une vie multiple. Pendant près de vingt ans, dans les années 1960-1970, il a animé la célèbre librairie "La Joie de Lire", dans le quartier latin. Directeur de la revue Partisans, il a fondé également les éditions Maspero, résolument engagées à gauche.

Ce n’est qu’en 1984, à cinquante ans, qu’il se décide à troquer sa fibre d’éditeur contre la plume de l’écrivain, en publiant son premier roman, Le Sourire du chat. Sous couvert de retracer l’histoire d’un adolescent, surnommé le Chat, l’auteur évoque les événements tragiques de l’été 1944, qui ont marqué à jamais sa vie : l’arrestation de ses parents par la Gestapo, la mort de son père à Buchenwald, celle de son frère, résistant, tué en Moselle à la fin de la seconde guerre mondiale. Ces mêmes souvenirs reviennent dans les premiers chapitres du Vol de la mésange, à travers l’enfance insouciante de Luc, à laquelle la "rencontre fugace avec un homme de la Gestapo, ce regard de la mort" a mis fin brusquement.

Ce ne sont pas les seuls souvenirs qui reviennent sous la plume de François Maspero. Dans cette écriture du passage, les temps, les lieux et les situations se mêlent. Le vol de la mésange peut se lire comme un recueil de plusieurs récits, ceux de personnages déjà présents dans les précédents romans de l’auteur. Manuel par exemple, croisé dans Le Figuier (1988), éditeur publiant des livres anticolonialistes pendant la guerre d’Algérie, avant de partir comme journaliste à la rencontre des peuples opprimés. Ou encore Lise, journaliste elle aussi témoin des luttes révolutionnaires des années 60-70, et dont on a pu suivre l’adolescence sur une Côte d’Azur désolée durant la seconde guerre mondiale, dans Le Temps des Italiens (1994). Des années plus tard, tous ses personnages expriment leur désillusion ou leurs espoirs secrets, derrière lesquels se dessinent peut-être ceux de l’auteur lui-même.

 

Par La sonora nueva
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 28 février 2007

Dans L'ombre d'une photographe, Gerda Taro, François Maspero rend hommage à la photographe tombée sur le champ de la guerre d’Espagne, en 1937.

Celle qui fut la compagne de Robert Capa mourut à la veille de ses 27 ans, à Brunete, en Espagne, en voulant immortaliser le combat des républicains espagnols contre les franquistes. "Gerda, elle, avait fini par faire corps avec la cause des républicains espagnols au point que photo et combat s'étaient confondus."

 

En miroir de ce très beau livre consacré à Gerda Taro, François Maspero lui consacre un chapitre dans le Vol de la mésange, intitulé "Gerda". Dans ce chapitre, il insiste sur la célèbre photo de Robert Capa, représentant un soldat républicain espagnol fauché en plein élan. Certains prétendent qu’il s’agit d’une mise en scène. Maspero rétorque qu’elle a été prise en contre-plongée, le photographe étant lui-même à ras de terre : "c’est la position que l’on prend instinctivement quand on vous tire dessus et qu’on veut sauver sa peau". On connaît la phrase de Capa, inaugurant les grandes heures du photo-journalisme : "Si votre photo n'est pas bonne, c'est que vous n'étiez pas assez près".

 

Femme dans l'ombre du photographe, Gerda a pourtant été une actrice essentielle de l'oeuvre de son compagnon. La confusion tient à l'attribution du pseudonyme. Car à leurs débuts, le pseudonyme de "Robert Capa" était attribué sans distinction aux oeuvres du couple, Endre Friedmann et Gerta Pohorylle. Ce n'est que durant la guerre d'Espagne qu'Endre a gardé le nom de "Capa" pour lui seul, Gerta commençant à signer "Gerda Taro". Et aujourd'hui encore, rappelle Maspero, beaucoup de clichés d'Espagne qu'on attribue à Capa sont de Gerda Taro.

 

Dans les romans de Maspero, Gerda s’incarne dans le personnage de Mary, photographe internationaliste épousant la cause des révolutionnaires latino-américains, et dont Manuel, son ancien compagnon, portera la mort comme une faille éternelle, avec la "honte d’avoir vieilli alors que les morts, eux resteront toujours jeunes".

 

Par La sonora nueva
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 13 mars 2007

Un petit guide retraçant l’histoire commune du blues, du rock, de la pop, de la soul et du funk, remontant à l’épicentre depuis lequel tous ces styles ont ricoché : Memphis.

Journaliste musical dans de nombreux magazines (Les Inrockuptibles, Vibrations…), Florent Mazzoleni nous avait déjà gratifié d’une belle Odyssée du rock (Hors Collection, 2005). En évitant le pavé littéraire, il mêle cette fois-ci l’histoire politique, sociale et culturelle, pour raconter l’âge d’or du Memphis des années 1950-1980. Au fil des chapitres, apparaissent les styles musicaux, les labels, les lieux symboliques, les musiciens désormais célèbres de la ville, mais aussi son contexte socio-politique. Hormis une érudition pouvant rendre la lecture assez difficile, ce livre reste un guide musical incontournable, truffé d’anecdotes, et offrant une approche de la culture américaine à partir de son cœur, Memphis.

 

Le rock qui roule

Tout part de Beale Street, enclave noire située en plein centre-ville. C’est là que s’est épanoui le blues avec Robert Johnson, W.C. Handy, et surtout B.B. King (dont on apprend, au passage, la signification des deux initiales précédant son nom). C’est ensuite l’explosion du ‘‘rock qui roule’’ (pour reprendre l’expression fétiche de l’auteur) avec le fameux label Sun Records, qui lança Elvis Presley, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis et Carl Perkins.

Soulsville, USA

Après un détour par le gospel, Florent Mazzoleni en arrive à son évolution naturelle : la soul. Les plus grands soulmen sont passés par Memphis : Issac Hayes, Otis Redding, Al Green ou encore Rufus Thomas, pionner du funk. Grâce à ses labels prestigieux comme Hi, Goldwax, Backbeat et Stax Records, Memphis reçoit le surnom de Soulsville, USA. Le label de Memphis Stax Records organisera même en 1972, à Los Angeles, le festival Wattstax, véritable ‘‘Woodstock noir’’. La star incontestée du festival est alors Rufus Thomas, patriarche du Memphis Sound, exécutant un frénétique Funky chicken.

Du rockabilly au punk

Memphis, c’est aussi le rockabilly, avec notamment le groupe Big Star et son chanteur mythique, Alex Chilton. C’est ce dernier qui a permis aux Cramps, groupe pourtant originaire de New York, de se propulser depuis Memphis, à la fin des années 1970. En voyage à New York, Alex Chilton rencontre ceux qui deviennent à ses yeux le meilleur groupe du monde. Il faut dire que les Cramps détonnent avec leur chansons teintées de rockabilly au milieu de la scène punk new-yorkaise. Alex Chilton leur propose d’enregistrer ensemble, gratuitement, à Memphis. Le groupe accepte tout naturellement. La légende veut qu’en bon disciple de Phil Spector, Chilton ait posé un pistolet sur la tempe de Lux Interior, le chanteur du groupe, pour l’inciter à ‘‘bien chanter’’…

 

Par El sonero nuevo & La sonora nueva
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 20 mars 2007

Fort de sa collaboration, avec la compositrice finlandaise Kaija Saariaho pour l’écriture du livret d’opéra de L’Amour de Loin, en 1999, Amin Maalouf renouvelle l’expérience avec Adriana Mater.

Depuis la parution de son roman Léon L’Africain en 1986, unanimement salué par la critique et le grand public, et surtout l’obtention du prix Gongourt pour Le rocher de Tanios en 1993, Amin Maalouf n’a plus rien a prouvé à personne. L’écrivain libanais est désormais libre d’aborder d’autres territoires artistiques, et il le fait à ravir pour cet opéra. Un genre classique s’il en est, arrogant pour certains, fascinant pour d’autres. Emouvant, toujours. Adriana Mater évoque la beauté des tragédies antiques, tout en jetant un pont par delà les siècles pour évoquer le monde d’aujourd’hui. Les décors et les personnages changent. Mais le drame a-t-il tellement changé de nos jours ?

Adriana, jeune femme libre et frondeuse, éconduit un jeune homme ivre, Tsargo, sans prendre garde aux menaces qu’il profère à son encontre. Refka, la sœur d’Adriana, aurait préféré que la jeune fille joue l’indifférence, plutôt que d’affronter verbalement Tsargo. Métaphore dramatique de cette joute verbale, le pays sombre quelques temps après dans un conflit armé sanglant. Devenu seigneur de guerre, Tsargo force la porte d’Adriana et abuse de la jeune femme. De ce viol, naîtra un fils, Yonas, dont on ne sait s’il ressemblera à la victime ou au bourreau. Devenu adulte, Yonas retrouve son père pour se venger. Mais son arme reste en suspend lorsqu’il se rend compte que Tsargo est devenu aveugle. Le drame se tisse, tout en ménageant plusieurs voies possibles, sortant ainsi du carcan de la fatalité.

La vie est un songe

Dans ce livret d’opéra, Amin Maalouf manie l’art de la concision. Il a choisi des phrases courtes et des mots simples, sonnant dans l’air de la salle d’opéra tout autant que dans l’esprit du lecteur. On en oublie presque que l’œuvre est amenée à être représenter, tant la lecture est addictive. Les mots se répètent comme dans un long poème incantatoire. Des mots-symboles dont les personnages s’évertuent à retrouver le sens premier : vie, sang, amour… déclinés dans une ronde de paroles étourdissante.

C’est bien là toute la magie de ce texte : sa puissance d’évocation. Les didascalies n’en sont pas vraiment, car elles font surgir, en arrière-plan de l’action, un monde onirique reflétant les rêves et les craintes des personnages. Un procédé qui nous ramène au baroque espagnol, où la représentation de la réalité (le théâtre) cède le pas à une autre représentation psychique, celle du rêve.

Par La sonora nueva
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

... Sonnuevo

Sommaire

Radionueva

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus