Automne 2004. Le sous-commandant Marcos et Paco Ignacio Taibo II décident d’écrire, à quatre mains, un roman policier évoquant l’histoire contemporaine du Mexique. Disparitions, meurtres et corruption : le détective Hector Belascoaran Shayne et son homologue zapatiste Elias Contrarios mènent l’enquête.
Un mort qui revient d’outre-tombe pour laisser des messages énigmatiques sur les répondeurs de ses anciens amis, voilà qui laisse sceptique le célèbre détective Belascoaran. Borgne et boiteux, le héros des précédents romans de Paco Taibo en a vu d’autres et n’est plus à une fantasmagorie près. Ce qui le déconcerte plus, c’est l’histoire de cet insaisissable Morales, auquel font allusion les messages téléphoniques.
Personnage légendaire ou bien réel, Morales est partout et nulle part à la fois. Il aurait pris part aux événements les plus dramatiques de l’histoire récente du Mexique, avant de disparaître, à chaque fois, dans la nature. Opportuniste et sans scrupule, il aurait été indic, assassin, tortionnaire, homme lige de l’extrême droite, instructeur de forces paramilitaires, avant de devenir un homme d’affaires véreux. Voilà qui fait beaucoup trop pour une seule vie. Y aurait-il plusieurs Morales ? L’affaire se complique lorsque, au Chiapas, le Sup Marcos reçoit un message de l’écrivain Manolo Vazquez Montalban, dénonçant à son tour un certain Morales. Et si ce dernier n’était qu’un simple personnage de fiction sorti de l’imagination de Montalban ?
Homme aux multiples facettes, navigant entre fiction et réalité, Morales est à l’image de ce roman à l’écriture très éclatée. L’œuvre porte les stigmates de sa parution première en feuilleton (à Mexico d’abord, dans le quotidien indépendant de gauche La Jornada, puis en août 2005 en France dans Libération). Si bien que les chapitres peuvent se lire comme autant de petites scènes, indépendantes les unes des autres. Dans la veine de Borgès, Marcos aime perdre le lecteur en faisant du texte un espace multiple et contradictoire. Il cultive aussi l’art de la digression. La narration peut dérouter par moment, mais malgré tout, c’est avec plaisir que l’on suit les pérégrinations d’Elias Contrarios depuis la Realidad jusqu’à Mexico, ses rencontres surréalistes avec des personnages hauts en couleur comme ce beatnik homosexuel baptisé Julio, qui se demande ce qu’il peut bien faire dans ce roman et qui en a marre des polars (où finalement le seul ignorant, c’est le lecteur) tout autant que des messages du Sup qui ne dévoilent jamais complètement la vérité.
NB : La totalité des droits est reversée à une ONG travaillant au Chiapas.
article écrit pour le webzine www.stopinfos.com