Sonnuevo est un blog dédié aux musiques rock, électriques et métisses.
27 Février 2007

Suivant le fil de ses œuvres passées, François Maspero publie Le vol de la mésange, roman où se croisent les récits de quatre de ses personnages, engagés dans les luttes révolutionnaires des années 1960. Des fragments épars, symbole d'une mémoire lourde de souvenirs.
Comme les personnages de ses romans, François Maspero a eu une vie multiple. Pendant près de vingt ans, dans les années 1960-1970, il a animé la célèbre librairie "La Joie de Lire", dans le quartier latin. Directeur de la revue Partisans, il a fondé également les éditions Maspero, résolument engagées à gauche.
Ce n’est qu’en 1984, à cinquante ans, qu’il se décide à troquer sa fibre d’éditeur contre la plume de l’écrivain, en publiant son premier roman, Le Sourire du chat. Sous couvert de retracer l’histoire d’un adolescent, surnommé le Chat, l’auteur évoque les événements tragiques de l’été 1944, qui ont marqué à jamais sa vie : l’arrestation de ses parents par la Gestapo, la mort de son père à Buchenwald, celle de son frère, résistant, tué en Moselle à la fin de la seconde guerre mondiale. Ces mêmes souvenirs reviennent dans les premiers chapitres du Vol de la mésange, à travers l’enfance insouciante de Luc, à laquelle la "rencontre fugace avec un homme de la Gestapo, ce regard de la mort" a mis fin brusquement.
Ce ne sont pas les seuls souvenirs qui reviennent sous la plume de François Maspero. Dans cette écriture du passage, les temps, les lieux et les situations se mêlent. Le vol de la mésange peut se lire comme un recueil de plusieurs récits, ceux de personnages déjà présents dans les précédents romans de l’auteur. Manuel par exemple, croisé dans Le Figuier (1988), éditeur publiant des livres anticolonialistes pendant la guerre d’Algérie, avant de partir comme journaliste à la rencontre des peuples opprimés. Ou encore Lise, journaliste elle aussi témoin des luttes révolutionnaires des années 60-70, et dont on a pu suivre l’adolescence sur une Côte d’Azur désolée durant la seconde guerre mondiale, dans Le Temps des Italiens (1994). Des années plus tard, tous ses personnages expriment leur désillusion ou leurs espoirs secrets, derrière lesquels se dessinent peut-être ceux de l’auteur lui-même.