Sonnuevo est un blog dédié aux musiques rock, électriques et métisses.
20 Mars 2007

Fort de sa collaboration, avec la compositrice finlandaise Kaija Saariaho pour l’écriture du livret d’opéra de L’Amour de Loin, en 1999, Amin Maalouf renouvelle l’expérience avec Adriana Mater.
Depuis la parution de son roman Léon L’Africain en 1986, unanimement salué par la critique et le grand public, et surtout l’obtention du prix Gongourt pour Le rocher de Tanios en 1993, Amin Maalouf n’a plus rien a prouvé à personne. L’écrivain libanais est désormais libre d’aborder d’autres territoires artistiques, et il le fait à ravir pour cet opéra. Un genre classique s’il en est, arrogant pour certains, fascinant pour d’autres. Emouvant, toujours. Adriana Mater évoque la beauté des tragédies antiques, tout en jetant un pont par delà les siècles pour évoquer le monde d’aujourd’hui. Les décors et les personnages changent. Mais le drame a-t-il tellement changé de nos jours ?
Adriana, jeune femme libre et frondeuse, éconduit un jeune homme ivre, Tsargo, sans prendre garde aux menaces qu’il profère à son encontre. Refka, la sœur d’Adriana, aurait préféré que la jeune fille joue l’indifférence, plutôt que d’affronter verbalement Tsargo. Métaphore dramatique de cette joute verbale, le pays sombre quelques temps après dans un conflit armé sanglant. Devenu seigneur de guerre, Tsargo force la porte d’Adriana et abuse de la jeune femme. De ce viol, naîtra un fils, Yonas, dont on ne sait s’il ressemblera à la victime ou au bourreau. Devenu adulte, Yonas retrouve son père pour se venger. Mais son arme reste en suspend lorsqu’il se rend compte que Tsargo est devenu aveugle. Le drame se tisse, tout en ménageant plusieurs voies possibles, sortant ainsi du carcan de la fatalité.
La vie est un songe
Dans ce livret d’opéra, Amin Maalouf manie l’art de la concision. Il a choisi des phrases courtes et des mots simples, sonnant dans l’air de la salle d’opéra tout autant que dans l’esprit du lecteur. On en oublie presque que l’œuvre est amenée à être représenter, tant la lecture est addictive. Les mots se répètent comme dans un long poème incantatoire. Des mots-symboles dont les personnages s’évertuent à retrouver le sens premier : vie, sang, amour… déclinés dans une ronde de paroles étourdissante.
C’est bien là toute la magie de ce texte : sa puissance d’évocation. Les didascalies n’en sont pas vraiment, car elles font surgir, en arrière-plan de l’action, un monde onirique reflétant les rêves et les craintes des personnages. Un procédé qui nous ramène au baroque espagnol, où la représentation de la réalité (le théâtre) cède le pas à une autre représentation psychique, celle du rêve.