Sonnuevo est un blog dédié aux musiques rock, électriques et métisses.
17 Mars 2007

Un concert inoubliable, gratuit et en plein air, devant cinq mille personnes. En 2003, Manu Chao et Fermin Muguruza passaient à Saint-Denis, le long du canal et de son écluse, derrière le Stade de France.
Première mi-temps ska-punk. Puis une petite session acoustique. Et un quart d’heure Mano pour finir. Bref, le Jai alai katumbi express tel qu’à Barcelone où la tournée à démarrer quelques mois plus tôt. Première partie occitane avec Dupain. Et puis la scène s’est égaillée aux couleurs de Radio Bemba, avec les éternels visages animistes latino-américains en arrière-plan. La sono a lancé les battements des horloges du monde entier et l’habituel message de bienvenue, avant que les musiciens n’apparaissent sur scène.
Bobby Marley
Mister Bobby démarre le show, en version urbaine, ponctuée de skank jamaïcains et de sirènes de police. Radio Bemba réussit toujours autant son brassage d’influences musicales. Reggae d’abord, avec War de Bob Marley. Puis latines, avec les cuivres et les violons mélancoliques de Periodico di ayer d’Hector Lavoe. En écho, résonnent les vibes dub d’un Justice tonight clashien sur le dernier couplet de La despedida, avec quelques effets de melodica. Por el suelo, dont le texte d’une infinie tristesse tranche avec la douceur de la musique, teintée de nappes synthétiques éthérées, en apesanteur. La session acoustique a redonné une tournure latine et flamenca à la soirée, avec Rumba de Barcelona, Clandestino et surtout une version inédite d’el desaparecido portée par les cuivres et la guitare graffitée sans âge de Magid.
Troisième mi-temps, le show se fait beaucoup plus speed. Fermin Muguruza monte sur scène, comme à l’époque mythique où Negu Gorriak et la Mano Negra faisant affiche commune. Fermin est une vraie pile électrique, donnant tout à chaque instant, et faisant le show. Il a ainsi repris pas mal de titre de ses albums "Brigadistak" et "Dub Manifest". A un moment, Radio Bemba s’est payé un trip hardcore, Fermin a joué les teufeurs free-party en capuche et lunettes de soleil : illusion parfaite…
Mano Negra forever
Manu a alors enchaîné avec un paquet de titres de la Mano Negra. Des vieux de la vieille, comme It’s my life, Blood and fire. Beaucoup de titres de "Casa Babylon", Hamburger fields, El monkey. Et puis les classiques : Mala Vida et son urgence punk, King Kong Five et son délire fiesta hallucinante dans le décompte du refrain. Une autre surprise aussi, l’invitation des deux frères Amokrane de Zebda, venus chanter une chanson kabyle pour le plus grand bonheur de Magid.
Manu n’a pas oublié non plus le discours éternel d’el Sub commandante Marcos, para todos todo, retentissant sur une scène mystérieusement non éclairée, où l’on devinait juste l’ombre clandestine des musiciens. Manu Chao et son sound system reste magique, débordant de joie communicative à défaut de réel message politique. C’est l’artisan musical qui reste bluffant, récupérant, recomposant chaque couplet, chaque sample, et mixant naturellement toutes les vibrations citadines mondiales et contemporaines. En attendant les futures compositions d’el segnor Manu. Dernier morceau, Se me da saleri, sublime…