Sonnuevo est un blog dédié aux musiques rock, électriques et métisses.
5 Août 2007

Le clou du festival Perugia Saudade, ce fut la soirée organisée autour du maître de la guitare portugaise Antonio Chainho et de la chanteuse Isabel de Noronha.
C’est assis tranquillement à la terrasse d’un café sur le corso Vanucci, à l’heure de l’apéro, qu’Antonio Chainho a assisté au concert de Marco Poeta. Ce dernier ne cachait pas son émotion de jouer devant celui qu’il surnomme « le maître ». Après 40 ans de carrière, Antonio Chainho affirme pourtant n’avoir pas encore percé tous les secrets de la guitare portugaise. De Coimbra au Brésil, il parcourt néanmoins le répertoire de la guitare classique avec une aisance désarmante pour quiconque a tenté une fois dans sa vie de s’attaquer à la guitare à deux fois six cordes. Preuve en est de l’incroyable improvisation de plus de dix minutes, complètement dé-constructiviste, qu’Antonio Chainho a brodé sur le morceau brésilien O fado 6h30.
Juste retour de politesse, pour remercier Marco Poeta de l’avoir invité à Pérouse, Antonio Chainho l’a convié à l’accompagner sur scène. Marco, tout rouge, ne savait plus où se mettre. Tous deux se sont lancés dans une joute guitaristique typique de Coimbra, où les étudiants, vêtus de longues capes noires, cherchent à séduire la belle de leur cœur.
La belle, ce soir-là, c’était Isabel de Noronha. Longue jupe dorée, cheveux bouclés tombant avec délicatesse sur les épaules, les bras caressant le vent pour souligner la mélancolie de son chant. Difficile de reconnaître celle qui chantait en toute décontraction, il y a quelques heures de cela, en pantalon large, les mains dans les poches, avec déjà une incroyable facilité dans la voix. Le secret du fado repose pour une large part sur la théâtralisation de l’interprétation. L’après-midi, Isabel de Noronha était tout sourire. Le soir venu, la voilà exprimant la plus profonde saudade… Sa voix aux accents arabo-andaloux évoquait Madredeus, notamment sur Alem-mar (au-delà de la mer), où la chanteuse s’identifie à l’océan : « on me dit que ma voix serait le phare de l’océan ».
Navigant avec aisance entre les gammes, Isabel de Noronha a alterné les chansons d’amour plus dansantes (A maresia) et les longs sanglots de mélancolie. Le spectacle s’est achevé dans un souffle avec Canto Fado, dont les paroles expriment toute la nostalgie éternelle du fado : « Je rentre à la maison, à la maison mes larmes, je lance mon chant, ma voix se met à sautiller ».
Sur la piazza IV Novembre, au pied de la cathédrale San Lorenzo, devant un parterre de spectateurs conquis, écoutant religieusement la chanteuse, c’était aussi la revanche des femmes. Le fado de Lisbonne étant historiquement chanté par les prostituées, « femmes de mauvaise vie » conspuées alors par la bonne société… et par l’église.
(Crédit photo : la sonora nueva)