Sonnuevo est un blog dédié aux musiques rock, électriques et métisses.
29 Mars 2007

Ironie du sort bien cruelle... c'était dans un contexte de guerre en Irak que Massive Attack se produisait en concert au Zenith de Paris, en avril 2003.
Douze ans déjà que je découvrais « Blue Lines » et Unfinished Sympathy (enregistré avec les moyens du bord, via un micro raccordé à mon magnétophone en plastique et posé sur mon radio-réveil... j'avais dix ans à l'époque !). Le groupe s'appelait alors Massive, question de censure. Douze ans plus tard, le fils avait remplacé le père à la tête des Etats-Unis d'Amérique. On ne parlait plus d'attaque massive mais d'attaque préventive en Irak. Et Massive Attack avait gardé son nom dans son intégrité, mené de front désormais par 3D Robert Del Naja, italo-britannique et fer de lance du mouvement anti-guerre à Londres.
Massive Attack, c'était sans doute le groupe que je désespérais le plus de voir en concert, après l'annonce des départs de Mushroom et Daddy G, et le retard de la sortie de « 100th Window ». Et finalement... Le concert fut extraordinaire, d'autant plus que Daddy G était présent aussi sur scène.
Premier titre, Futur Proof, comme sur « 100th Window ». Des loops électro qui résonnent dans le noir, puis la lumière a éclairé la scène, dévoilant un écran géant sur lequel défilaient des chiffres rouges, comme un déluge d'hémoglobine, et une ligne de basse étouffante, marquant chaque battement de coeur, saisissante jusqu'à avoir l'impression que l'artère aorte allait exploser. Puis la délivrant pacifiée avec l'arrivée de Horace Andy tout sourire, entamant Everywhen.
Alchimie
Pour l'essentiel, le groupe a joué les titres de « 100th Window » et « Mezzanine », et quelques titres de « Blue Lines ». Aucun de « Protection ». Les chansons qui faisaient la queue depuis l'après-midi à l'extérieur de la salle auront pourtant eu la chance d'entendre une version electro-acoustique et orientale de Karmakoma, échappée de la salle de répétitions.
Collé au micro, 3D a délaissé les machines pendant tout le concert, délégant à ses musiciens le soin de rendre l'univers sonore du groupe, magnifié par les cordes orientales. La texture des titres de « 100th Window » a pris en ampleur, donnant lieu à de longues improvisations entre le guitariste et le bassiste, qui se disputaient les lignes mélodiques. Ou encore entre le batteur et le djay, se relayant à chaque enchaînement rythmique. Même osmose enfin entre Daddy G et 3D, interprétant d'une seule voix Risingson et Mezzanine, en esquissant instinctivement les mêmes mouvements.
Le vrai contraste en tout cas, c'était la chaleur incroyablement communicative des musiciens au devant de la scène, créant une véritable alchimie avec le public, et la froideur cybernétique de l'écran en arrière-plan, reproduisant toutes les données statistiques qui permettent d'appréhender le monde. Mais le monde ne se réduit pas à des chiffres. La vie, les sentiments et les émotions portées par chaque chanson, partagées entre les musiciens et le public, comment les quantifier ?
crédit photo : O:liv (webzine www.w-h-y-.org/ 2003)